Oratrice à ParisWeb : vécu de l’intérieur Les coulisses d’une conférence

J’ai eu l’opportunité de présenter une conférence à ParisWeb : Le défi d’une personne aveugle : conseiller sur l’accessibilité dans un web toujours plus visuel. Voici un petit retour sur ce nouveau défi !

17 ans jour pour jour après mes débuts en tant que chargée de mission sur l’accessibilité du Web, j’ai eu la chance de présenter mon expérience à ParisWeb lors de la conférence Le défi d’une personne aveugle : conseiller sur l’accessibilité dans un web toujours plus visuel.

De nombreux comptes-rendus ont été publiés sur la conférence ParisWeb, c’est pourquoi je ne résumerai pas ce qui a largement été traité ailleurs. Néanmoins, on peut en citer quelques-uns :

Préparation de la conférence

Fin avril 2015, mes collègues m’ont suggéré de soumettre une idée de conférence lors de l’appel à orateurs de ParisWeb. Ils trouvaient intéressant que je témoigne de mon expérience en tant que personne aveugle dans le domaine de l’accessibilité numérique. Un mois plus tard, la proposition de conférence était acceptée.

J’ai préparé ma présentation à l’aide de l’outil AccesSlide développé par Access42. L’avantage de ce diaporama est qu’il est écrit en HTML et qu’il est accessible. Il m’a certes fallu un peu d’aide pour la mise en forme et l’ajout d’images d’illustration, mais il m’a été plus facile de créer ma présentation avec cet outil que d’autres outils présents sur les ordinateurs ou sur le web.

Accueil à ParisWeb

Comme beaucoup d’autres l’ont écrit, le lieu de la conférence était accessible. On peut juste déplorer le zèle du personnel de sécurité qui voulait absolument "parquer" les personnes aveugles à une certaine place dans l’amphi pour être sûr de les retrouver en cas d’évacuation. Grâce à l’intervention de l’équipe ParisWeb, le personnel de sécurité s’est ensuite montré très coopératif. Une équipe d’étudiants nous aidait pour changer de salle, pour nous y retrouver lors des repas et j’ai même pu faire une démonstration de l’utilisation d’un téléphone tactile à l’un d’eux.

Isba, ma chienne guide, était aussi la bienvenue et m’a beaucoup aidée dans mes déplacements, et même à retrouver Fernando, alias @fpintodasilva sur twitter qui ne voit pas non plus. Elle aussi fut bien accueillie comme le prouve le tweet d’@AudVL sur l’accueil d’Isba.

La conférence

Grâce à l’aide de l’équipe ParisWeb et de ma collègue Luce, la conférence sur scène s’est bien déroulée. Il y a juste eu un problème d’affichage, qui ne permettait pas de voir le titre de chaque diapo, et qui, somme toute, aurait pu être réglé en réduisant un peu la taille des caractères. J’ai donc dû servir de synthèse vocale, et annoncer le titre de chaque diapo lorsqu’elle apparaissait. Le monde à l’envers ? Si l’envie vous prend de voir les titres des diapos, voici le diaporama de la conférence le défi d’une personne aveugle. Suite aux questions et commentaires, voici quelques clarifications sur ce qui a été évoqué lors de cette conférence.

  • Alors qu’en 1998, les technologies d’assistance utilisées par une personne aveugle étaient majoritairement sur Windows, chères et encombrantes, on les trouve aujourd’hui sur les différents systèmes d’exploitation et plateformes mobiles. Les progrès effectués par les lecteurs d’écran libres, ou ceux que l’on trouve sur des outils grand public, permettent aux personnes aveugles d’accéder plus facilement aux nouvelles technologies. Malheureusement, le non-respect des normes d’accessibilité des sites et applications peut rendre leur consultation et leur accès difficiles.
  • L’accès aux documents bureautiques peut parfois être compliqué :
    • parce que les personnes qui les conçoivent ne prévoient pas l’accessibilité de ces documents dès le départ,
    • parce qu’ils sont produits par une application tierce ne prenant pas en compte l’accessibilité,
    • parce qu’il s’agit de documents numérisés et enregistrés au format image,
    • ou parce qu’ils sont protégés en lecture pour un lecteur d’écran.

Une bonne pratique serait de créer des modèles de documents accessibles qui pourraient être utilisés pour chaque type de document : rapport, compte-rendu, lettre... Ainsi, leurs concepteurs prendraient en compte l’accessibilité dès le départ et les personnes handicapées qui les consultent ou les créent elles-mêmes, ne seraient pas confrontées aux problèmes d’accessibilité.

  • Les outils de communication tels que IRC, les wikis, la messagerie instantanée, permettent aux personnes handicapées de communiquer avec les autres sans que leur handicap ne soit un frein, et sans avoir à indiquer leur différence. Le travail avec des outils libres est une piste, puisqu’il est plus facile de signaler les problèmes d’accessibilité de ces outils et de les faire corriger.
  • Pour améliorer l’efficacité de la personne, il est nécessaire qu’elle soit formée à ses outils et qu’elle puisse les personnaliser, en modifiant, par exemple, le dictionnaire de prononciation du lecteur d’écran pour comprendre l’utilisation de mots étrangers, d’abréviations ou smileys tels que :-) que nous avons traduit par « visage souriant ».
  • Enfin, avec la nouvelle formation référent accessibilité en situation de handicap visuel, il est temps de créer des nouvelles opportunités pour les personnes déficientes visuelles qui souhaitent conseiller sur l’accessibilité numérique.
  • Voici à nouveau le lien que je donnais en fin de conférence, sur une étude réalisée par la Fédération des Aveugles de France, à propos de l’utilisation des lecteurs d’écran en France et Francophonie. Cette étude est à diffuser largement et peut être complétée jusqu’au 15 décembre 2015.

Autres conférences et rencontres à ParisWeb

Parmi les conférences auxquelles j’ai assisté, je retiens celle de Marie Guillaumet (@kReEsTaL sur Twitter) qui a mis à disposition, avant son intervention, le diaporama de la conférence Design de soi : valoriser son identité et son expertise sur le web et une retranscription de ce qu’elle allait dire.

L’accessibilité numérique était aussi au rendez-vous avec plusieurs conférences dont celle de @bertrandbinois décrivant son retour d’expérience sur la mise en conformité du site du département du Pas-de-Calais, une conférence informelle sur la mise en accessibilité du site service-public.fr et une conférence d’@oliviernourry sur le futur de l’accessibilité : Le jour où l’on aura plus besoin de l’accessibilité.

N’oublions pas la journée d’ateliers durant laquelle @denisboudreau a présenté comment Tester l’accessibilité de son site Web avec NVDA.

La gameuse : le retour

Sur ce même blog, dans l’article "mon premier ParisWeb", je parlais l’année dernière de ma rencontre avec David Rousset, alias @davrous sur twitter qui avait travaillé sur un jeu de casse-briques accessible. Suite à mes retours de l’an dernier, il a amélioré le jeu. Il a expliqué sa démarche dans un récent article en anglais Creating an accessible breakout game using Web Audio & SVG-. J’ai pu à nouveau m’entraîner à casser des briques et finaliser le jeu en 231 secondes. Isolée par le super casque anti-bruits de David, je n’avais pas remarqué qu’une "bande de curieux" s’était massée derrière moi pour savoir si j’allais y arriver. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’à la fin de la partie, j’enlevai le casque et entendis leurs félicitations. David a indiqué que beaucoup de personnes voyantes, jouant à ce jeu visuel rendu accessible, n’arrivaient pas à aller jusqu’au bout du jeu. Fernando, dont je parlais plus haut, a battu le record en cassant les briques en 158 secondes, mais n’y a-t-il pas un peu de chance dans tout ça ;) ?

Pour conclure, ParisWeb est l’opportunité de rencontrer des acteurs du web, grâce au dîner orateurs, durant lequel Luce m’a présentée à tous les participants. Grâce à Twitter, j’ai pu rencontrer des gens que je n’aurais pas pu croiser autrement en les mentionnant et leur disant de se manifester lorsqu’ils me croiseraient à la conférence. J’ai été ravie de communiquer en vrai avec @cyberbaloo_ sur twitter avec qui je n’avais échangé que via le réseau social et @eaboaf_. Je pensais avoir du mal à communiquer avec elles, puisque je ne les vois pas et qu’elles ont des difficultés à m’entendre. Mais si on parle distinctement, elles nous comprennent et comme dit @eaboaf_, les sourds ne sont pas forcément muets, ils peuvent parler. Je terminerai ce billet en rendant hommage aux interprètes en langue des signes française, LSF, qui nous ont expliqué, lors de la conférence surprise de clôture, comment se passait la traduction des conférences en langue des signes. Encore merci à Sandrine Schwartz, alias @SandyParis1972 sur Twitter, d’avoir pu me faire comprendre en quoi consistait la traduction en langue des signes.

Retrouvez la vidéo de la conférence de Sylvie à Paris Web, "Le défi d’une personne aveugle : conseiller sur l’accessibilité dans un web toujours plus visuel".

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