L’impact de l’accessibilité numérique pour les utilisateurs

Première partie d’un article issu d’une série de textes parus dans le numéro 183 du magazine programmez (format PDF).

Il y a 20 ans environ, le Web faisait son apparition. Même si au début il était surtout destiné aux chercheurs, universitaires ou informaticiens, il a depuis investi nos vies et on peut de moins en moins s’en passer. Utilisateurs de tous âges, toutes professions, de toutes origines et de toutes cultures se servent aujourd’hui du Web et de l’information numérique qu’on y trouve. Grâce au courrier électronique, une personne qui ne pouvait pas écrire sur un morceau de papier peut communiquer avec n’importe qui sans que son correspondant sache qu’il ne voit pas, n’entend pas ou qu’il ne peut pas se servir de ses mains.

Chaque collectivité, journal, magasin, a aujourd’hui son site et y affiche les contenus le concernant. On peut maintenant, pour économiser du papier, faire des demandes de factures dématérialisées, remplir des formulaires en ligne ou lire de l’information sur le net. Si l’information numérique est aujourd’hui variée, ceux qui l’utilisent le sont tout autant et n’ont pas tous la même façon de naviguer.

La diversité des modes d’accès à l’informatique

Beaucoup d’internautes se servent d’un ordinateur avec un écran assez grand, mais certains consultent l’information en ne se servant que du clavier, de systèmes de pointage spécifiques, ne peuvent pas afficher de trop grosses quantités d’informations parce que leurs outils ne permettent pas d’afficher beaucoup de contenu à la fois.

D’autres ont besoin de grossir l’affichage des caractères, de modifier la police ou les couleurs, ne perçoivent pas les images, sont sensibles aux contenus qui bougent, n’ont pas les outils ou modules nécessaires pour lire certaines informations telles que des contenus multimédia.

Ces diversités sont liées aux outils utilisés par les internautes : différents systèmes d’exploitation, divers navigateurs, mais aussi à leurs possibilités de consultation qui peuvent être différentes car ces utilisateurs ont un handicap ou font partie de la population la plus âgée.

Afin de permettre à tous d’accéder aux divers contenus numériques, des recommandations ont été publiées par le Consortium International W3C (World Wide Web Consortium) dès 1999 et mises à jour en 2008. Ces recommandations ont été adoptées par un grand nombre de pays et sont mentionnées par la Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées. Elles sont devenues une norme ISO en octobre 2012 et leur respect est ancré dans des dispositions législatives tout autour de la planète.

Mais pourquoi le respect de ces recommandations est-il si important pour les utilisateurs ?

Prenons un cas concret : il y a quelques temps, je souhaitais effectuer un virement.

Or, je suis aveugle. Ne pouvant pas remplir un bordereau de virement classique, j’ai voulu me servir de ma banque en ligne. Je me suis connectée au service, j’ai trouvé le lien me permettant de passer un nouveau virement et d’ajouter un compte. J’ai pu remplir tous les champs obligatoires mais au moment de valider, je ne pouvais pas trouver le bouton de confirmation qui était une image. De plus, ce même bouton ne pouvait être activé qu’à l’aide d’une souris. Or je me sers exclusivement du clavier pour interagir avec l’ordinateur. J’ai tenté plusieurs fois l’expérience, mais sans succès. J’ai donc perdu beaucoup de temps et n’ai pas pu finaliser mon virement, d’où une grande frustration.

Il y a un ou deux ans, je devais former des personnes à l’accessibilité. On m’avait envoyé les questionnaires que mes stagiaires avaient remplis. Certains avaient complété le questionnaire dans leur traitement de texte, puis l’avaient imprimé et de nouveau numérisé pour qu’il me soit communiqué au format PDF non modifiable.

Malheureusement, ce document étant une image, je ne pouvais pas en prendre connaissance à l’aide de mon terminal braille ou le lire avec ma synthèse vocale. J’ai donc encore perdu du temps car j’ai dû me le faire lire par une personne qui voyait le document. Si le questionnaire avait été communiqué au format électronique classique, j’aurais pu le lire moi-même, en faire un copié coller pour analyser les différentes réponses, retrouver son contenu ultérieurement en faisant une recherche de texte inclus dans le document.

Le plus gros problème en accessibilité numérique quand on est aveugle, est l’absence d’équivalents textuels aux images. L’utilisateur auquel on pense spontanément est la personne aveugle qui ne voit pas les images et ne peut accéder à leur contenu si l’équivalent textuel est absent. Afin de parer à ce problème, le logiciel de lecture d’écran utilisé par l’internaute aveugle va lui communiquer l’adresse de l’image ou le nom du fichier qui est souvent un texte incompréhensible. Cette absence d’informations est particulièrement gênante lorsque l’image est un lien, la personne ne saura pas ce que permet de faire ce lien. Si l’image contient une information, telle qu’un numéro de téléphone, l’absence d’équivalent textuel empêchera le lecteur aveugle de prendre connaissance du numéro de téléphone écrit dans l’image.

Une personne avec des difficultés motrices, qui se sert de la dictée vocale pour naviguer sur internet, n’accédera pas non plus au lien image, car son logiciel se base sur ces mêmes équivalents textuels pour trouver le lien à valider.

Internet offre de nos jours de plus en plus de contenus vidéos dont la bande son est inaccessible à une personne sourde si cette vidéo ne comporte pas de sous-titres ou une traduction en langues des signes. Si l’internaute ne dispose pas de la technologie permettant de lire la vidéo, il ne pourra pas non plus prendre connaissance de son contenu si le site ne propose pas une transcription textuelle de la vidéo. Ce texte doit reprendre la totalité des dialogues, les bruits, les sons, et la description de tout visuel ou texte apparaissant à l’écran et non vocalisé. Cette transcription permettra là encore aux personnes sourdes ou malentendantes, aux personnes aveugles ou malvoyantes, ou à celles qui n’ont pas de lecteur vidéo, de prendre connaissance de ce contenu multimédia.