Retour sur la 6ème édition des journées d’étude sur les NTIC dédiées aux déficients visuels

15 décembre 2017, par Sylvie Duchateau

Access42 était invitée à participer aux Journées d’étude de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France, les 4 et 5 décembre derniers. Ce fut pour moi l’occasion de présenter les premiers résultats de notre étude sur l’usage des lecteurs d’écran et des outils de compensation de la basse vision conjointement avec Denis Boulay de la Fédération.

Dans cet article, je reviens sur ces premiers résultats et quelques présentations données lors de ces journées.

Premiers résultats de notre enquête

En attendant la publication d’un rapport détaillé début 2018, voici un aperçu des premières données dévoilées le 5 décembre dernier.

Comme pour l’étude américaine de WebAim, le taux de participation à cette seconde édition est en baisse par rapport à l’étude menée sur l’usage des lecteurs d’écran en 2015. Ce phénomène était prévisible et ne nous semble donc pas inquiétant.

Sur les 331 réponses, 74 % venaient de France (métropole et régions d’outre-mer confondues), suivies de 11 % du Canada et du Québec, 9 % d’Europe (Belgique, Suisse Luxembourg) et 6 % d’Afrique, du Moyen-Orient et d’autres pays.

Le niveau de connaissance du lecteur d’écran et d’Internet des répondants est assez élevé puisque 61% considèrent avoir un niveau avancé, contre 4 % de débutants.

Les lecteurs d’écran les plus utilisés sont toujours Jaws, NVDA et VoiceOver avec une progression de 8 % de NVDA.

Lorsque les répondants indiquent utiliser un lecteur d’écran différent au travail et à la maison, la majorité déclarent utiliser Jaws au travail et NVDA ou VoiceOver chez eux.

Concernant l’utilisation des mobiles, 89 % des répondants en possèdent un. On note que Nokia a subi un net recul et que les produits Apple sont toujours plus utilisés que les produits Android par les utilisateurs de lecteur d’écran.

Par rapport à l’enquête précédente, nous avons ajouté une question supplémentaire sur l’utilisation ou non du braille. Parmi les répondants, la part de braillistes est à peu près égale à celle des non braillistes.

Vous pouvez télécharger le support de notre présentation au format PDF (775.9ko) ou au format PPT (625ko).

Quatre conférences qui ont retenu mon attention

La tablette Feelif

Cette tablette, commercialisée environ 400 €, permet aux personnes en situation de handicap visuel d’apprendre à lire le braille mais aussi les maths, la géographie et les langues étrangères. Les utilisateurs ont également la possibilité de dessiner ou découvrir les jeux intégrés. Cette tablette peut également s’avérer utile pour d’autres types de handicaps comme les troubles d’apprentissage ou différents handicaps cognitifs.

Il s’agit d’une tablette de type Samsung, tournant sous Android, sur laquelle on appose un film comportant une grille de points, un peu plus gros et espacés que des points braille. Ce système a été développé en collaboration avec l’école slovène pour les aveugles.

Feelif
Feelif

Tablette Feelif avec ses points en relief. Crédit photo : Feelif

Son objectif est de permettre à un enfant de repérer une forme géométrique ; par exemple, en suivant son contour sur les points. Lorsqu’on positionne ses doigts sur la forme, la tablette vibre et émet des sons selon les déplacements effectués (vers le haut, le bas, la droite, la gauche ou en diagonale). Grâce à la vocalisation, des instructions et des informations sont indiquées à l’utilisateur. Cette tablette fait donc appel à plusieurs sens – le toucher, l’ouïe et le retour haptique – pour interagir avec ses contenus.

Feelif, le concepteur slovène, est pour l’instant le seul à produire les contenus. Toutefois, la société utilise une plateforme ouverte ; tout développeur pourra à terme produire un contenu pour cette tablette. Des spécifications seront publiées afin que les contenus produits soient au mieux compatibles avec la tablette.

Accessibilité des agendas partagés en milieu professionnel

Christian Lainé de la Fédération et David da Mota de la société AccesSolutions ont présenté un comparatif de l’accessibilité des agendas partagés en entreprise.

Les 4 informations principales de cette conférence :

  • Les applications bureau, telles que Lotus Notes ou Thunderbird, ont une accessibilité variable qui dépend des fonctionnalités que l’on veut utiliser mais aussi du lecteur d’écran et de sa version ;
  • Google Agenda est plutôt bien accessible, surtout lorsqu’on l’utilise sur un smartphone tel que l’iPhone ;
  • Pour les outils d’agenda développés spécifiquement pour les personnes déficientes visuelles ou les agendas disponibles sur les bloc-notes braille, l’utilisation est limitée dans le milieu professionnel puisqu’il n’est pas possible de les synchroniser avec des agendas partagés ;
  • Les téléphones spécifiques tournant sous Android permettent d’accéder aux agendas partagés. Cependant, l’accessibilité de l’agenda proprement dit n’est pas toujours au rendez-vous. L’application native d’agenda sous Android n’a pas encore été testée.

Accessibilité des réseaux sociaux et sites de rencontre

Deux membres de l’antenne du Languedoc-Roussillon de la Fédération ont présenté les résultats de l’étude qu’elles ont menée sur l’accessibilité des réseaux sociaux tels que LinkedIn, Facebook ou Twitter, des sites de rencontres spécifiques ou non au handicap, des sites de partage tels que Airbnb ou Blablacar et d’outils de messagerie instantanée comme Skype, Whatsapp ou Viber.

Ces tests ont été effectués avec Windows, MacOS et téléphones à l’aide des lecteurs d’écran NVDA, Jaws, VoiceOver et TalkBack.

Ce que j’ai retenu de cette étude :

  • Il n’est pas toujours possible de créer un compte ou de se connecter ;
  • Ceci est dû à la complexité des interfaces mais aussi au non-respect des standards d’accessibilité, tels que l’ajout approprié d’étiquettes aux champs et boutons de formulaire (à ce sujet, vous pouvez consulter les critère 11.1 et critère 11.9 du Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations) ;
  • Les sites de rencontres spécifiques à un handicap ne sont pas les plus accessibles ;
  • Naviguer sur l’application mobile d’un service ou d’un réseau est souvent plus facile que sur le site web ;
  • Enfin, aucun problème majeur d’accessibilité n’a été observé sur les outils de communication Skype, Whatsapp ou Viber.

De quoi en faire un cinéma ?

Le sujet de l’accès à la culture n’a pas été oublié pendant ces journées. Alors que Marc Maisoneuve présentait les résultats du baromètre de l’accessibilité numérique des portails de bibliothèques, une nouvelle application permettant d’accéder à un film au cinéma de manière accessible nous était présentée.

Grâce à l’application de Greta & Starks, il est possible de télécharger l’audio description ou les sous-titres d’un film sur son smartphone. Avant d’aller au cinéma, on télécharge ce dont on a besoin à partir de l’application. Arrivé dans la salle, il suffit de se mettre en mode avion et de suivre les sous-titres ou l’audio description sur son téléphone. Une personne mal entendante peut également se servir de son téléphone pour amplifier le son du film dans la salle.

Cette application offre plusieurs avantages :

  • Plus besoin de se renseigner au préalable, pour savoir si la séance est audio-décrite ou sous-titrée,
  • Plus besoin d’aller à l’accueil du cinéma pour demander le boîtier d’accès à l’audio description ; on est indépendant.

La liste des films déjà disponibles est consultable sur l’application et il est possible de faire une demande de film pour enrichir le catalogue. D’après plusieurs tweets, il semble que cette application soit vraiment très appréciée par les utilisateurs.

Conclusion

Bien d’autres sujets ont été traités lors de ces deux journées ; par exemple, les téléphones spécifiques, les objets connectés, des solutions Linux accessibles ou un point sur la législation sur l’accessibilité numérique en France et en Europe. Vous pouvez retrouver l’ensemble des tweets de l’événement avec le hashtag #JEIA2017 et un compte-rendu exhaustif sera bientôt disponible sur le site de la Fédération.