Devenir expert·e en accessibilité numérique : un métier engagé, stratégique et passionnant

16 septembre, par Équipe Access42

L’accessibilité numérique est enfin un sujet d’actualité ! L’industrie du numérique commence à s’emparer massivement du sujet depuis la publication du décret français sur l’accessibilité numérique en 2019. L’obligation légale ne laisse plus le choix : il faut s’y mettre, et s’y mettre maintenant.

Or, qui dit prise de conscience, dit demande accrue : c’est pourquoi le secteur de l’accessibilité numérique recrute activement.

C’est dans ce contexte que nous vous proposons de découvrir le métier de consultant·e/expert·e en accessibilité numérique. Nous souhaitons ainsi donner plus de visibilité à ce métier de l’ombre, et répondre à vos questions sur les débouchés dans le secteur de l’accessibilité numérique.

En quoi consiste le conseil en accessibilité numérique ? Comment devenir consultant·e ? Faut-il nécessairement avoir déjà une expérience professionnelle et/ou un profil technique pour exercer ce métier et avoir le titre d’expert·e ? Passez avec nous à travers le miroir.

Avant tout, replaçons le contexte : en France, le handicap reste la première source de discrimination [1] , en particulier en matière d’accès aux services publics dématérialisés. Que ce soit dans le secteur public ou privé, l’accessibilité numérique est encore trop souvent considérée comme la dernière roue du carrosse.

Or, pour que l’accessibilité soit mise en œuvre avec succès, toute la chaîne de décision et de production des produits et services numériques doit être formée et mobilisée dès le début de chaque projet : MOA (maîtrise d’ouvrage), management, gestion de projets, développement, design et éditorial.

Toutefois, force est de constater que cette mobilisation est rarement innée. Si l’accessibilité numérique occupe de plus en plus le terrain, c’est en partie grâce au travail fourni depuis deux décennies par un secteur aussi stratégique que méconnu : les métiers de l’accessibilité numérique.

Ces métiers de l’ombre méritent que l’on parle davantage d’eux, non seulement pour reconnaître leur valeur et les pérenniser, mais aussi pour susciter des vocations : en effet, ils offrent dès à présent des perspectives professionnelles solides largement ignorées.

Alors parlons-en ! Dans cet article, nous vous proposons de découvrir le métier de consultant·e en accessibilité numérique. C’est un métier que nous connaissons bien, puisque c’est notre cœur de métier chez Access42.

Mais au fait, en quoi consiste le conseil en accessibilité numérique ? Comment devenir consultante ou consultant ? Faut-il nécessairement avoir déjà une expérience professionnelle et/ou un profil technique pour exercer ce métier ?

Si la technique n’est pas votre tasse de thé, rassurez-vous : il existe d’autres débouchés en accessibilité numérique, que vous finissiez tout juste vos études, ou que vous envisagiez de vous reconvertir après plusieurs années d’expérience dans une entreprise privée (agence par exemple) ou une entité publique.

En quoi consiste le métier de consultant·e en accessibilité numérique ?

Le métier de consultant·e consiste à aider ses clients ou son employeur à résoudre leurs problèmes.

En matière d’accessibilité numérique, cela consiste à les accompagner dans leurs projets de mise en accessibilité, leur transmettre des connaissances et les rendre autonomes sur le sujet.

Il n’y a rien de plus motivant qu’accompagner des projets dont le niveau d’accessibilité s’améliore petit à petit, d’échanger avec une équipe heureuse de savoir qu’elle a bien fait les choses, et de savoir que cette expérience contribuera à façonner leurs futurs projets !

Le métier de consultant·e en accessibilité numérique est polyvalent et peut recouvrir plusieurs aspects :

  • l’expertise technique ;
  • l’expertise UX (conception centrée utilisateur) ;
  • la formation ;
  • l’accompagnement à la maîtrise d’ouvrage (AMAO), c’est-à-dire la stratégie et le pilotage de l’accessibilité.

On peut exercer le métier d’expert·e en accessibilité numérique :

  • soit dans un cabinet de conseil spécialisé comme Access42 ;
  • soit dans une agence numérique (« digitale ») ;
  • soit dans une entreprise privée ou une entité publique ;
  • soit en freelance.

Conseil et expertise technique

Chez Access42, le métier d’expert·e en accessibilité numérique est un métier plutôt technique, qui s’articule autour de 3 activités principales :

  • l’expertise métier :
    • auditer des sites web et des applications mobiles pour l’accessibilité. Cela inclut aussi des audits de maquettes fonctionnelles et/ou graphiques en amont d’un audit technique,
    • suivre la mise en œuvre des correctifs, et accompagner les équipes de conception et de développement,
    • rédiger les déclarations d’accessibilité et pages d’aide pour les sites et applications soumises au RGAA,
    • rédiger des supports d’information, de documentation ou de formation dans un format accessible, et les communiquer aux personnes concernées.
  • le conseil :
    • recueillir les besoins en accessibilité numérique de ses clients, analyser leurs processus métier, et évaluer l’opportunité et la faisabilité d’une mise en accessibilité,
    • les accompagner dans le choix de la stratégie à adopter et des solutions fonctionnelles d’accessibilité à mettre en œuvre, dès les phases de spécifications (cahier des charges) et de choix de prestataires (appels d’offres),
    • les aider à mettre en œuvre l’accessibilité progressivement en fonction de leurs contraintes techniques, logicielles, temporelles et budgétaires (schéma pluriannuel d’accessibilité numérique).
  • la formation :
    • concevoir, animer et mettre à jour des formations professionnelles à l’accessibilité numérique.

Un métier engagé et créatif

Se spécialiser dans le conseil en accessibilité est un métier particulier, qui a la particularité d’avoir une forte dimension politique, et qui fait la part belle à l’apprentissage, à la créativité et à la solidarité.

Une dimension politique

Pour commencer, c’est un métier qui a du sens. Cela tient souvent d’une vocation à aider les autres, et à combattre la propension du numérique à produire de l’exclusion en masse.

Agir concrètement en faveur de l’accessibilité numérique au quotidien, c’est contribuer à lutter contre les discriminations subies par les personnes en situation de handicap. C’est avec et pour elles que l’on travaille avant tout.
Outre ça, s’il y a bien un point commun qui a réuni jusqu’à présent les personnes qui consacrent leur carrière à l’accessibilité numérique, c’est une passion sincère pour le sujet.

L’accessibilité numérique, ce n’est pas une case à cocher dans une liste de bonnes pratiques, qu’on appliquera peut-être s’il reste du temps à la fin : c’est une façon de repenser la conception et le développement, et une condition sine qua non qui doit être prise en compte en permanence par toutes les parties prenantes, d’un bout à l’autre d’un projet numérique.

Cette dimension politique du métier est un aspect fort, contrairement à d’autres branches de l’informatique. Au-delà de la technique, on ne peut pas faire ce métier correctement si l’on met de côté les aspects humains, sociaux ou politiques.

On ne fait pas seulement des audits d’accessibilité : on essaie de réduire les inégalités d’accès à l’information pour les personnes handicapées.
C’est très précieux et très réjouissant de se dire qu’au bout du compte, quand le projet de mise en accessibilité est réussi, il y aura des personnes qui vont se dire : « Ho ! Ça fonctionne ! On a pensé à moi ! ».

Créativité et apprentissage

En dépit des apparences, le conseil en accessibilité numérique est aussi un domaine très riche et créatif.

En particulier lorsqu’on fait face au défi de rendre utilisable une situation complexe dans des contextes très spécifiques. Il faut alors déterminer la meilleure solution pour les personnes handicapées, notamment celles qui font l’expérience de l’interface au moyen d’une technologie d’assistance, tout en tenant compte des moyens de l’éditeur du produit ou du service concerné.

C’est un métier qui permet d’apprendre et de construire en permanence : chaque audit et chaque mission nous apprennent quelque chose. Même après avoir réalisé, littéralement, des centaines d’audits, on découvre encore de nouvelles problématiques pour lesquelles il faut trouver une réponse adéquate.

De plus, les normes et les outils évoluent en permanence, ce qui implique de faire une veille permanente.

D’aucuns pourraient trouver décourageant le fait de ne pas avoir de cadre fixé à jamais ; pour nous, c’est ce qui rend notre métier tellement vivant et motivant !

Autonomie et communauté

Enfin, le métier de consultant·e en accessibilité numérique requiert une grande autonomie.

On est relativement libre d’organiser sa journée comme on le souhaite, en fonction des pics d’efficacité et de son rythme de travail.

Les points réguliers avec ses collègues et le suivi avec les clients viennent contrebalancer une activité plutôt solitaire. À distance, les échanges par messagerie instantanée sont de mise pour décoincer quelqu’un ou demander soi-même un coup de main !

Bien sûr, il est plus facile de bénéficier de cette souplesse quand on travaille dans une entreprise libérée comme Access42.

En interne, nous nous retrouvons aussi régulièrement lors de points méthodologiques : cela nous permet de détailler des points techniques précis, et d’échanger sur nos pratiques pour continuer à monter en compétences.

Mais la solidarité et le sens de la communauté dépassent le cadre de la société ou de l’organisation pour laquelle on travaille.

La corporation des spécialistes de l’accessibilité numérique, bien qu’encore petite, est très active, sur les réseaux sociaux notamment, et s’étoffe chaque semaine. Les évènements communautaires ne manquent pas, en ligne et habituellement en présentiel.

Qui peut devenir consultant·e en accessibilité numérique ?

Qualités requises

Selon nous, pour exercer le métier d’expert·e en accessibilité numérique, certaines qualités principales sont requises.

  • Pédagogie : savoir expliquer les besoins utilisateurs, le fonctionnement des technologies d’assistance, ainsi que les correctifs attendus et leurs bénéfices, de façon compréhensible par des personnes qui ne sont pas spécialistes du domaine.
  • Pragmatisme : trouver des solutions adaptées aux moyens et aux problématiques de chaque client. Savoir distinguer les correctifs indispensables des simples améliorations. Parfois, la dette technique ou morale est si importante qu’il faut rester terre-à-terre et proposer une approche plus itérative.
  • Pugnacité : savoir argumenter face à des personnes qui cherchent à minimiser les correctifs, ou qui voient l’accessibilité comme une contrainte de plus, sans réellement comprendre l’objectif. Avoir un bon relationnel est aussi important qu’avoir de bonnes connaissances techniques !
  • Patience : accepter le caractère redondant de certains types d’erreurs, même basiques, d’un projet à l’autre.
  • Curiosité : aimer lire, découvrir et approfondir les concepts courants du métier pour les maîtriser parfaitement, afin de réaliser des évaluations de plus en plus fines et justes. Continuer à faire de la recherche utilisateur au fil du temps, car chaque personne est différente, même si elle a recours à des outils que l’on connaît.
  • Humilité : ne pas penser que les personnes que l’on accompagne n’ont pas déjà tenté de faire mieux que ce qu’elles ne font déjà.

Comment devenir consultant·e en accessibilité numérique ?

Quelle formation ?

Formation initiale

Le Master HANDI de Paris 8

Actuellement, il n’existe a priori qu’un seul cursus universitaire spécialisé en accessibilité numérique en France : c’est le Master Technologie et Handicap de l’Université Paris 8 (Master mention MIASHS parcours Technologie et handicap — HANDI).

Ce Master professionnel unique en son genre propose d’aborder une grande diversité d’outils informatiques (réseaux, système, informatique, traitement du signal, logiciels spécialisés, domotique, neurophysiologie, web, etc.) pour la mise en place de solutions facilitant l’intégration socio-économique des personnes handicapées physiques et sensorielles dans leur environnement social et professionnel.

C’est une formation multidisciplinaire, au croisement de l’informatique, des neurosciences, de la médecine, de l’ergonomie, de la psycholinguistique, des statistiques et de l’image.

Autres cursus de formation initiale

Hormis ce cursus singulier, force est de constater que l’accessibilité numérique est très peu abordée au sein des autres cursus de formation initiale aux métiers du numérique, en tout cas en France.

Si le sujet est évoqué, il l’a longtemps été au mieux pendant un cours unique au sein de plusieurs années d’études, que ce soit au cœur de cursus dédiés au design UX (centré utilisateur) ou de cursus plus techniques (intégration, développement).

Si une présentation succincte du sujet peut parfois suffire pour sensibiliser autrui, ce n’est évidemment pas assez pour être en mesure de formuler du conseil en accessibilité numérique de manière autonome à la sortie de son diplôme, même si l’on a fait plusieurs années d’études.

Mais les choses évoluent : par exemple, certains bachelors universitaires de technologie (BUT), notamment la filière « Métiers du Multimédia et de l’Internet » (MMI), commencent à intégrer l’accessibilité numérique dans leur socle de compétences.

Pour l’heure, chez Access42, personne n’a suivi de cursus dédié à l’accessibilité. Cependant, voici les thématiques principales de nos cursus universitaires :

  • infographie, communication visuelle, conception multimédia ;
  • intégration et développement ;
  • sémiologie/sémiotique, sociologie ;
  • psychologie cognitive ;
  • ingénierie des médias pour l’éducation ;
  • sciences politiques.

En moyenne, nous avons un niveau d’études entre bac +3 (licence en France, « bachelier » en Belgique) et bac +5 (master).

Cependant, il y a parmi nous un consultant entièrement autodidacte, et il s’avère que c’est aussi la personne la plus expérimentée en matière d’accessibilité numérique.

Il n’y a donc aucune corrélation entre le fait d’avoir fait des études, la durée de ces études, et l’intérêt ou la compétence pour l’accessibilité. Il y a vraiment de la place pour tout le monde !

Formations professionnelles

Pour celles et ceux d’entre nous qui ont travaillé avant de devenir consultant·e en accessibilité numérique, le moment de bascule a souvent eu lieu pendant une formation professionnelle dédiée.

Ainsi, la formation EAE (Expert AccessiWeb en évaluation, parfois surnommée « formation AccessiWeb ») de BrailleNet a longtemps été la seule formation professionnelle en France permettant de s’initier à l’audit d’accessibilité [2].

Alors que certaines personnes parmi nous occupaient encore un poste en intégration HTML/CSS, elles ont eu l’occasion de suivre cette formation, financée soit par un client, soit par leur employeur, pour être en mesure d’atteindre les objectifs fixés en matière de conformité.

Ensuite, d’autres organismes de formation privés tels qu’Access42 ont pris le relais, et ont commencé à proposer des formations professionnelles à l’accessibilité numérique.

Si, comme d’autres, vous ne réussissez pas à convaincre votre employeur de financer votre formation à l’accessibilité numérique, sachez qu’il existe des facilités de prise en charge à 100%, notamment avec le CPF ou avec l’OPCO Atlas (en savoir plus : Comment financer votre formation Access42 ?).

Il est aussi possible que votre futur employeur vous propose une formation au moins à votre prise de poste. C’est ce qui se passe chez Access42 d’ailleurs : lorsqu’une nouvelle recrue rejoint notre pôle conseil, elle suit notre formation à l’audit au moins ; selon les besoins de l’entreprise, elle peut aussi être amenée à suivre d’autres formations de notre catalogue. Cela aide beaucoup à mettre le pied à l’étrier.

Vous vous posez d’autres questions sur le métier ? N’hésitez pas à nous contacter !

L’accessibilité numérique, filière d’avenir

Si l’accessibilité vous passionne, quel que soit votre profil, décider de vous spécialiser en accessibilité numérique est un choix très pertinent.

Dans cet article, nous avons vu le métier de consultant·e en accessibilité numérique. Mais il existe bien sûr d’autres opportunités pour travailler dans ce secteur, en parallèle de l’expertise technique :

  • devenir référent·e accessibilité numérique dans une structure et ainsi piloter la prise en compte de l’accessibilité numérique sur l’ensemble d’un système d’information, piloter la mise en œuvre des formations, des audits, etc. ;
  • opter pour une double compétence (par exemple développement + accessibilité, recherche UX + accessibilité, gestion de projets + accessibilité, éditorial + accessibilité) dans une entreprise privée ou dans une entité publique.

Le contexte législatif et économique est très favorable aux nouveaux métiers spécialisés en accessibilité numérique :

  • la demande en matière d’accessibilité numérique croît de manière exponentielle ;
  • le décret français est paru en 2019 après 14 ans d’immobilisme politique ;
  • l’Union européenne a publié son propre standard, ce qui a déjà un impact international ;
  • le rythme de publication des WCAG s’accélère sensiblement ;
  • les innovations numériques se multiplient, créant de nouveaux défis pour rendre accessibles ces nouvelles expériences dès leur conception, et permettre aux personnes handicapées d’en profiter immédiatement elles aussi.

Tout cela va nécessiter plus d’accompagnement, de formations et d’encadrement pour aider les éditeurs de sites web et d’applications (métier, mobiles, mobilier urbain numérique, etc.) à garantir l’accès à leurs contenus aux personnes en situation de handicap.

Bref, l’accessibilité numérique a de beaux jours devant elle, et elle a besoin de vous.

Envie de vous spécialiser en accessibilité ?

Ça tombe bien : Access42 recrute des consultant·es en accessibilité numérique !

N’hésitez pas à consulter l’offre d’emploi ou à la partager autour de vous, et à nous contacter si vous avez des questions. À bientôt !

Notes

[2Nos collègues Sylvie Duchateau et Jean-Pierre Villain ont d’ailleurs activement contribué à la formation EAE/AccessiWeb de BrailleNet. Sylvie a animé toutes les sensibilisations et réalisé la plupart des corrections de rapports d’audits et d’examens entre 2003 et 2014. Quant à Jean-Pierre, il a animé exclusivement la formation EAE/AccessiWeb de BrailleNet entre 2007 et 2014. Cela signifie qu’une bonne partie des personnes spécialisées en accessibilité numérique aujourd’hui en France ont donc bénéficié de leur méthode et de leurs enseignements.