Le principe de non-interférence en accessibilité numérique

Un contenu web peut ne pas être soumis à l’obligation de mise en accessibilité, à cause d’une exemption, d’une dérogation ou parce qu’une alternative est disponible.

Malgré ça, il est impératif qu’il respecte certains critères d’accessibilité dans tous les cas.

C’est le principe de « non-interférence », défini dans les WCAG, mais non transposé dans le RGAA 4. Voyons ensemble de quoi il s’agit !

En accessibilité numérique, plusieurs types de contenus ne sont pas soumis à l’obligation de mise en accessibilité :

Ainsi, ces contenus susceptibles d’être incompatibles avec l’accessibilité doivent respecter le principe de non-interférence pour que la page puisse être déclarée conforme.

Définition du principe de non-interférence

Le principe de non-interférence signifie que les contenus non conformes ne viennent pas bloquer ou perturber sérieusement l’accès au reste du contenu conforme.

Ainsi, les contenus :

  • ne doivent pas empêcher quiconque d’accéder au reste de la page ;
  • et ne doivent pas entraver ou perturber l’accès l’information.

Qu’en disent la conformité WCAG et RGAA ?

Le principe de non-interférence fait partie de la conformité décrite par les WCAG : Non-Interference — Understanding conformance — WCAG 2.1 (lire la traduction en français dans WCAG 2.0, en attendant la publication imminente de la traduction en français des WCAG 2.1).

Ce principe est également repris dans la norme européenne EN 301 549 (section 9.6 WCAG conformance requirements).

Malgré cela, le principe de non-interférence n’est pas évoqué dans les documents normatifs du RGAA 4 en France. Il était cité dans le RGAA 3, dans le guide d’accompagnement (section 4.2.5.4. Que vérifie-t-on ?).

Si des technologies sont employées de manière non compatible avec l’accessibilité ou non-conforme, alors elles n’empêchent pas les utilisateurs d’accéder au reste de la page.

Or, en tant que transposition opérationnelle de la norme WCAG, le RGAA devrait prendre en compte ce principe aussi.

Les éléments contrôlés

Penchons-nous maintenant sur l’impact du principe de non-interférence sur un audit d’accessibilité numérique.

Le principe de non-interférence détermine une liste de critères qui doivent être contrôlés sur l’ensemble des contenus présents sur les pages de l’échantillon, que ces contenus soient ou non soumis à l’obligation de mise en accessibilité.

Ces critères sont définis par les WCAG, et ont été transposés au sein de 5 critères RGAA :

  • les sons déclenchés automatiquement ;
  • les pièges au clavier ;
  • les effets de flash ;
  • les limites de temps ;
  • les contenus en mouvement.

Son déclenché automatiquement

Critère 4.10 : Chaque son déclenché automatiquement est-il contrôlable par l’utilisateur ?

L’utilisateur doit pouvoir désactiver les sons qui se sont déclenchés automatiquement, c’est-à-dire sans action de sa part.

Ce critère est essentiel pour garantir la consultation des personnes aveugles qui naviguent avec un lecteur d’écran et une synthèse vocale.

En effet, comment pourraient-elles comprendre la restitution de la page faite par leur lecteur d’écran si un autre son vient s’y superposer ?

Pour cette raison, aucun son ne doit faire interférence avec cette restitution vocalisée de l’information.

Piège au clavier

Critère 12.9 du RGAA : Dans chaque page web, la navigation ne doit pas contenir de piège au clavier. Cette règle est-elle respectée ?

Lorsqu’une personne navigue exclusivement au clavier ou équivalent, elle ne doit jamais être bloquée sur un composant et doit pouvoir atteindre l’élément suivant ou précédent.

Sauf cas particulier (fenêtre modale par exemple), il est donc important de s’assurer que le focus du clavier ne soit jamais bloqué, et ce, même sur les contenus dérogés !

À noter : s’il n’est pas possible de supprimer le piège au clavier, une solution consiste à fournir à l’utilisatrice un raccourci clavier qui lui permettra d’éviter ce piège.

Dans ce cas, on prendra soin d’informer l’utilisatrice de l’existence de ce raccourci avant qu’elle ne rencontre le piège au clavier.

Il est également possible d’offrir à l’utilisateur de pouvoir éviter totalement ce contenu problématique au moyen d’un lien d’évitement.

Exemple

  1. Une page web contient des boutons de réseaux sociaux générés par un script tiers.
  2. L’équipe technique du site ne peut pas modifier ce script ni la structure des boutons, car ils sont fournis par les réseaux sociaux eux-mêmes. C’est ce qu’on appelle un « contenu de tiers », exempté par le RGAA.
  3. Malgré cette exemption, si le focus reste bloqué sur l’un de ces boutons lors de la navigation au clavier, alors le critère 12.9 sera considéré comme non conforme. En effet, le script empêche la poursuite de la navigation pour les personnes qui n’utilisent pas de souris.

Effets de flash

Critère 13.7 du RGAA 4 : Dans chaque page web, les changements brusques de luminosité ou les effets de flash sont-ils correctement utilisés ?

Ce critère demande que les effets de flash soient correctement utilisés, avec au maximum 3 flashs par seconde ou une surface cumulée de 21824 px.

Ce critère est essentiel puisqu’il veille à réduire le risque de déclenchement de crises d’épilepsie et réactions physiques chez les personnes photosensibles.

Exemple

  1. Une page web contient un cadre (iframe) qui diffuse une publicité gérée par une régie externe, sur lequel l’éditeur du site n’a aucun contrôle. Ce contenu publicitaire est donc exempté.
  2. Malgré cette exemption, si cette publicité provoque des changements brusques de luminosité, le critère 13.7 restera quand même non conforme, car les besoins vitaux des personnes sujettes à épilepsie photosensible ne sont pas respectés.

Rafraîchissement automatique et contenu en mouvement

Test 13.1.1 du RGAA 4 : Pour chaque page web, chaque procédé de rafraîchissement (balise <object>, balise <embed>, balise <svg>, balise <canvas>, balise <meta>) vérifie-t-il une de ces conditions (hors cas particuliers) ?

Critère 13.8 du RGAA 4 : Dans chaque page web, chaque contenu en mouvement ou clignotant est-il contrôlable par l’utilisateur ?

Les contenus en mouvement ou clignotants ainsi que les rafraîchissements automatiques de contenus sont problématiques à plusieurs niveaux pour l’accessibilité.

En particulier, ils gênent les personnes ayant un trouble de l’attention. En effet, un contenu en mouvement perpétuel les perturbe et ralentit considérablement, voire empêche, leur exploration de la page.

Exemple

  1. Une page web contient un carrousel avec défilement automatique qui ne peut jamais être arrêté (pas de bouton « pause » par exemple). L’éditeur du site n’a aucun contrôle dessus. Ce contenu de tiers est donc exempté.
  2. Malgré cette exemption, le critère 13.8 sera quand même considéré comme non conforme, car le carrousel interfère avec la consultation de certaines personnes, dont celles atteintes de troubles de l’attention.
Solution possible pour corriger cette interférence

Une solution simple consiste à donner la possibilité de masquer le carrousel, par exemple, en ajoutant un bouton avant, qui permettra de l’afficher ou de le masquer.

Ainsi, on résout le problème posé par le contenu en mouvement, notamment pour les personnes ayant des troubles de l’attention. En masquant le carrousel, elles peuvent ainsi poursuivre leur exploration de la page sans être gênées par un contenu qui bouge sans arrêt.

Ce type d’implémentation permet de respecter le critère 13.8 du RGAA 4 dans ce cas précis, et ce même si on ne peut pas modifier la structure du carrousel ou le script concerné.

Il n’y aura alors plus aucune interférence à signaler entre ce script inaccessible et les besoins des personnes handicapées concernées par cette problématique.

Conclusion

Bien que le RGAA 4 ne fasse pas mention du principe de non-interférence dans ses documents normatifs, il est indispensable de vérifier systématiquement sa mise en œuvre lors d’un audit d’accessibilité numérique.

En effet, même s’il est dérogé, un contenu peut continuer à interférer avec les besoins utilisateurs auxquels répondent les autres adaptations d’accessibilité de la page : or, cette interférence peut anéantir l’accessibilité d’une page entière, voire d’un site entier en fonction de la récurrence des contenus provoquant cette interférence.

Si vous réalisez des audits d’accessibilité numérique, il est possible que vous n’ayez pas envie d’ajouter les non-conformités provoquées par cette interférence dans votre grille de relevé, étant donné que le RGAA 4 ne donne pas d’instruction claire à ce sujet.

Cela peut s’entendre ; néanmoins, il faudra au minimum documenter les problèmes rencontrés et accompagner cette documentation d’une forte incitation à la correction, sans quoi les problèmes pour les personnes handicapées subsisteront – ce qui est tout l’inverse de l’objectif poursuivi par l’accessibilité numérique.

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