L’UE dirige le plus vaste audit d’accessibilité au monde

24 février, par Équipe Access42

Aujourd’hui, nous partageons avec joie la traduction en français de l’article EU Runs World’s Largest Accessibility Test écrit par Wilco Fiers et publié le 1er février 2022 sur le blog de Deque.

Nous remercions Wilco et Deque pour leur aimable autorisation.

Si la fin d’année 2021 sonnait le début des préparatifs des fêtes pour la plupart d’entre nous, les gouvernements européens s’affairaient à apporter les dernières touches à leur tout premier rapport sur l’application de la directive de l’UE relative à l’accessibilité du web, du 26 octobre 2016. En vertu de cette directive, toutes les institutions gouvernementales au sein de l’Union européenne (UE) étaient tenues de garantir avant juin 2021 l’accessibilité de leurs sites web et applications mobiles pour les personnes en situation de handicap.

Chaque État membre de l’UE a l’obligation de réaliser un contrôle annuel de l’accessibilité de ses outils numériques et de faire rapport de ses conclusions à la Commission européenne tous les trois ans. Le 23 décembre 2021 a marqué la fin de la première période de contrôle. Mes collègues et moi, au bureau européen de Deque, avons lu les différents rapports à mesure qu’ils devenaient disponibles. Notre étude a révélé l’émergence de quelques tendances intéressantes.

Sites web des États membres de l’UE : des lacunes en matière d’accessibilité

Les 27 États membres de l’Union européenne ont mené une enquête. Le Royaume-Uni, bien qu’ayant perdu son statut d’État membre au 31 janvier 2020, a également produit un rapport en dépit de l’absence d’obligation de sa part envers l’UE à ce sujet.

Sur les 800 sites web ayant fait l’objet d’un audit approfondi au cours de la période de contrôle, seuls quatre (4) ont été jugés complètement accessibles, c’est-à-dire totalement conformes à la norme EN 301 549 et aux Règles sur l’accessibilité des contenus web (WCAG 2.1 niveaux A et AA). Du côté des applications mobiles, les résultats sont légèrement plus encourageants, avec huit (8) applications totalement accessibles sur 286 auditées.

L’accessibilité du web en Europe n’est pas pour autant dans un état catastrophique. Avoir un site 100 % accessible, c’est un peu comme avoir une maison sans aucune trace de poussière. On peut investir tous ses efforts et même atteindre son objectif, mais il sera quasiment impossible de maintenir ces standards à plus long terme. La véritable question est alors la suivante : à quel point les problèmes d’accessibilité sont-ils répandus et s’agit-il de problèmes majeurs ? Difficile de répondre à cette question puisqu’il n’existe pas de méthode universelle pour mesurer ces facteurs. L’UE ne prévoit aucun indicateur spécifique. Résultat, bon nombre de pays ont choisi d’omettre toute quantification de leurs conclusions. Il sera donc difficile de juger lors de la prochaine période de contrôle de l’amélioration de l’accessibilité du web dans ces pays au fil du temps.

Nous félicitons toutefois les pays qui ont proposé une quantification de leurs constatations. Si nous ne sommes pas en mesure d’établir des comparaisons directes entre les pays en raison de la diversité des indicateurs utilisés, il sera possible dans trois ans, à l’occasion de la prochaine évaluation, de constater l’évolution de l’accessibilité d’un point de vue global. Les Pays-Bas font partie de ces pays ayant proposé une quantification de leurs observations, avec le répertoire www.toegankelijkheidsverklaring.nl, qui dresse la liste des sites web du gouvernement néerlandais en leur attribuant une note de A à E.

Une hausse des déclarations d’accessibilité

Les déclarations d’accessibilité imposées par la directive européenne relative à l’accessibilité du web constituent un indicateur un peu plus parlant. Une déclaration d’accessibilité est une page web comportant des informations sur l’état actuel du site en matière d’accessibilité. Chaque site web et application mobile du gouvernement d’un État membre de l’UE est tenu de comporter une déclaration d’accessibilité facile à trouver. Cette déclaration doit également comporter des informations destinées aux personnes souhaitant signaler des problèmes d’accessibilité.

Sur les 25 rapports d’évaluation étudiés, nous avons constaté que 13 pays avaient renseigné le nombre de déclarations d’accessibilité qu’ils avaient trouvées dans le cadre de l’échantillonnage des sites web de leurs services étatiques. Les écarts sont fortement contrastés, avec des taux situés entre 96 % et 12 %, pour une moyenne d’environ 50 %. Cette hétérogénéité met en lumière des disparités significatives entre les critères d’accessibilité pris en compte par les États. Les pays ayant relevé les taux de déclaration d’accessibilité les plus élevés sont les suivants :

  1. Danemark (96 %)
  2. Royaume-Uni (90 %)
  3. Pays-Bas (78 %)
  4. Slovaquie (54 %)
  5. Autriche (54 %)

Il est important de noter que chaque pays a opté pour une méthodologie différente afin d’obtenir ce taux. Pour la plupart, ces pourcentages représentent le nombre de sites web disposant d’une déclaration d’accessibilité par rapport au nombre total de sites web contrôlés. Cela étant, le type de sites web ayant fait l’objet d’un contrôle n’est pas tout à fait aléatoire. En effet, les sites web inclus dans le contrôle doivent représenter en parts égales des organismes de taille variable, implantés différentes régions, et doivent rassembler en priorité les sites web estimés particulièrement utiles aux personnes en situation de handicap. Dans certains cas, la liste des sites web sélectionnés pour l’évaluation a été définie dans une certaine mesure à partir d’un index de sites web qui disposaient déjà d’une déclaration d’accessibilité.

Des tendances émergentes

De nombreux pays ont particulièrement mis en avant le caractère courant de certains problèmes d’accessibilité rencontrés. Deque a émis des constatations à ce sujet dans le cadre d’une étude du nombre de problèmes d’accessibilité pouvant être évalués automatiquement (le taux est de 57 %), une enquête qui offre des perspectives intéressantes sur la variabilité des audits, et ce, même lorsque les mêmes standards d’accessibilité s’appliquent. Principales conclusions :

  1. La norme européenne EN 301 549 (v2.1.2) comporte un nombre considérable de critères d’accessibilité qui ne font pas partie des WCAG. Par exemple, la section 11.7 prévoit l’obligation d’utiliser les préférences des utilisateurs et utilisatrices pouvant être définies dans les paramètres de la plateforme. Il est important de constater que plus de la moitié des pays participant au contrôle n’ont pas tenu compte des critères supplémentaires de cette norme européenne dans leur évaluation.
  2. Plusieurs pays annoncent le critère de succès des WCAG 4.1.1 Analyse syntaxique comme étant le problème d’accessibilité le plus répandu, tandis que pour d’autres pays, ce problème ne figure même pas dans le Top 10. Cela ne veut pas dire que certains États font mieux que d’autres, mais simplement qu’ils testent avec des méthodes différentes. Si nous pouvons saluer l’existence de méthodologies de contrôle au Danemark, en France, et en Suède, les différences entre les méthodes engendrent des complications pour les organismes qui fournissent des services dans plusieurs États membres de l’UE.
  3. Ce contrôle européen réunit un nombre étonnant d’outils d’évaluation de l’accessibilité. Nous en avons relevé presque 50 différents, signe de la diversité et de la disponibilité des moyens de contrôle. Il est encourageant de noter que plusieurs de ces outils suivent les règles ACT d’Évaluation de conformité à l’accessibilité, une initiative majoritairement financée par l’UE pour encourager l’harmonisation et la qualité des évaluations de l’accessibilité. Parmi les outils d’évaluation simplifiée, 60 % répondaient aux critères de contrôle des WCAG.

Autres considérations importantes

Royaume-Uni : le contenu du rapport fourni par le Royaume-Uni est prometteur. Si vous prévoyez d’en lire au moins un, nous vous recommandons le rapport publié par le gouvernement britannique. Nous avons particulièrement apprécié la façon dont le Royaume-Uni a communiqué ses conclusions et procédé à une réévaluation des sites web trois mois plus tard pour en consigner toute amélioration. Cette approche a montré que le fait de communiquer aux acteurs concernés les résultats de l’évaluation a permis d’améliorer de façon significative ces sites web. Il semblerait que de nombreux États membres n’aient pas transmis leurs constatations aux organismes évalués. Ainsi, nous espérons que le cas du Royaume-Uni permettra de convaincre les autres États à ajuster leur stratégie. Nous ne pouvons que féliciter le Royaume-Uni de montrer l’exemple en tant qu’ancien État membre.

Irlande : le rapport du gouvernement irlandais a inclus des résumés qualitatifs pour chaque contrôle mené, résumés qui ont été communiqués auprès des organismes associés aux sites web et applications contrôlées. Ces résumés mettent en lumière des constats difficiles à mesurer par rapport à d’autres pays. Plusieurs États ont constaté dans leur rapport que le simple fait de partager des données brutes avec les organismes concernés avait soulevé de nombreux questionnements. Ainsi, adopter une approche similaire au cas irlandais pourrait aider à résoudre ce problème.

Pays-Bas : les autorités néerlandaises ont demandé aux organismes concernés d’inclure dans les déclarations d’accessibilité les rapports d’accessibilité et les plans d’amélioration. Une démarche unique dans la région qui permet de mettre en avant les initiatives en cours au sein des organismes. Le gouvernement néerlandais a développé une échelle de conformité selon laquelle la lettre A correspond à une conformité totale vis-à-vis de la norme européenne EN 301 549 ; la lettre B indique une non-conformité avec toutefois une connaissance claire des mesures nécessaires pour y remédier ; et à l’autre extrémité de l’échelle, la lettre E indiquant une absence totale d’informations. Le contrôle a toutefois révélé que la vaste majorité des sites web associés à un niveau de conformité A présentaient tout de même des problèmes d’accessibilité.

Chypre, France et Portugal : ces pays ont cumulé du retard dans la soumission de leur rapport ; leurs résultats respectifs n’ont donc pu être pris en compte dans le cadre de ce billet. Il se peut que cet article fasse l’objet d’une publication ultérieure, une fois l’ensemble des rapports disponibles.

Conclusion

L’objectif des évaluations d’accessibilité numérique réclamées par la directive européenne n’est pas d’établir une comparaison entre les pays. Toutefois, le manque de cohérence dans les méthodes utilisées rend difficile la tâche de savoir quelles approches fonctionnent et quelles autres ne sont pas fructueuses. Par exemple, la Finlande a lancé une campagne de grande ampleur pour sensibiliser à l’inclusion et à l’accessibilité. Il serait pertinent de connaître l’impact de cette campagne ou si, à l’inverse, les efforts consacrés auraient généré de meilleurs résultats en développant des formations gratuites, comme l’a fait la Croatie.

Mettre en place à l’échelle de l’UE un contrôle de l’accessibilité des sites web des services gouvernementaux constitue un progrès important pour que l’accessibilité numérique devienne enfin la norme au sein de l’Europe tout entière. Les enseignements de cette première période de contrôle sont nombreux. Et comme toujours, il y a matière à progresser. La nécessité de définir des indicateurs d’accessibilité standardisés constitue, par exemple, une limite généralisée des normes actuelles, que les prochaines WCAG 3.0 pourraient lever. La prochaine période de contrôle se terminant en décembre 2024, nous espérons toutefois que les agences de contrôle envisageront de publier leurs résultats préliminaires sur une base annuelle.

Si vous souhaitez en savoir plus, la Commission européenne a rassemblé tous les rapports, et propose une traduction automatique de chacun d’entre eux vers l’anglais. Les recherches que nous avons menées de notre côté s’appuient également sur des traductions automatiques, dont les limites sont évidentes.

Traduction : Eleanor Hac.